La vérité douloureuse et étonnante sur la phobie sociale

de | 29 novembre 2016

Timidité ou phobie sociale ?La timidité courante peut engendrer une gêne forte, physique, systématique et durable. Mais ses formes extrêmes, la timidité maladive, sont des maladies psychologiques particulièrement sévères et invalidantes socialement. La phobie sociale est l’une d’entre elles.

Le terme de phobie sociale est apparue pour la première fois en 1909. C’était sous la plume d’un psychiatre français, Pierre Janet. En revanche sa prise en compte comme pathologie est beaucoup plus récente. J’y reviendrai plus bas.

Encore une fois, ce trouble étant étudié depuis quelques décennies seulement, il est mal défini sur le Web. On trouve des définitions imprécises voire inexactes en novembre 2016, comme celle-ci, ou encore celle-là.

Avant de voir cette définition, voyons en quoi la phobie sociale se distingue de la timidité courante.

Distinction de la phobie sociale avec la timidité courante

La phobie sociale est une timidité maladive bien plus préoccupante et plus menaçante que la timidité courante. La phobie sociale se distingue de la timidité notamment sur trois points :

  • L’intensité des symptômes : dans certaines situations relationnelles, quand le timide ressent de la gêne, le phobique social panique.
  • L’évitement systématique : le phobique social va chercher systématiquement à éviter les relations sociales. Là où le timide peut davantage les affronter, même s’il peut en ressortir insatisfait par sa propre réaction ou comportement.
  • La recherche et le plaisir des interactions sociales sont visibles chez le timide. Alors que le sociophobe n’en fait pas du tout preuve.

On pourrait croire que c’est un trouble marginal dans l’ensemble de la population. Et bien une surprise vous attend plus bas, mais avant passons à la définition.

Définition de la phobie sociale

Pour l’Association américaine de psychiatrie, la phobie sociale est la peur persistante d’une ou plusieurs situations sociales (situations sociales phobogènes), dans lesquelles le sujet est éventuellement exposé à l’observation attentive des autres, et dans lesquelles il craint d’agir de façon humiliante ou embarrassante.

Suivant les personnes souffrant de phobie sociale, les situations sociales phobogènes peuvent être limitées à une ou deux. Ou au contraire elles peuvent être généralisées à l’ensemble des situations sociales, à l’exception peut-être des personnes proches.

Les situations sociales phobogènes sont évitées ou subies avec une anxiété intense. Les évitements perturbent le fonctionnement scolaire ou professionnel, et les activités sociales habituelles. La personne soufrant de phobie sociale reconnaît la nature excessive de ses peurs, mais ne peut contrôler son comportement.

On est loin ici des 5 formes identifiées de la timidité courante. Avant de voir jusqu’à quel point c’est un handicap social, regardons la fréquence de ce mal peu connu.

La fréquence dans la population est très étonnante

Il est très étonnant d’apprendre que la phobie sociale dans ses formes les plus sévères concernerait 4% de la population générale, d’après une étude de 1993.

Une autre étude de 1994 montre que 10% de la population pourrait souffrir de formes moins intenses mais quand même très invalidantes.

Avant de voir en détail les manifestations d’une souffrance très sévère, voyez les conséquences néfastes de ce trouble.

Un handicap social et ses conséquences néfastes

Les situations sociales les plus courantes provoquent une anxiété importante chez le sociophobe. Ce sont surtout les échanges de visu, en face à face, ou côte à côte, qui posent problème. La seule présence physique persistante de l’autre peut aussi représenter une difficulté. Dans une moindre mesure un échange téléphonique est aussi  une source d’anxiété sociale.

Croiser les regards de personnes inconnues dans les transports en commun, échanger un petit mot avec le voisin dans l’ascenseur, discuter avec les camarades de classe ou les collègues de bureau à la machine à café, sont autant de sources d’angoisse difficiles à supporter pour lui.

Les stratégies d’évitement social

Pour cette raison le sociophobe va mettre en place autant que possible, des stratégies d’évitement de toutes les situations relationnelles qui provoquent ou risqueraient de provoquer en lui cette angoisse. En effet il s’agit pour lui de maintenir les interlocuteurs à distance afin d’éviter d’être observé ou évalué de trop près.

En conséquence de quoi sa vie devient plus difficile. D’abord parce qu’il est quasi impossible de toujours éviter d’être en présence d’autres personnes, d’une manière ou d’une autre. Ainsi il va avoir du mal parfois à mettre en place une stratégie d’évitement efficace.

Ensuite parce qu’il n’est pas du tout identifié par les autres comme un timide, encore moins comme un sociophobe. Mais il est perçu d’une manière dévalorisante, comme une personne distante, bizarre ou mal élevée. Comme d’habitude le jugement arbitraire et systématique évite de faire l’effort de comprendre.

Enfin parce que la proportion de personnes célibataires ou séparées est très importante dans la population des phobiques sociaux.

De plus leur cursus scolaire et professionnel est moins bon que celui de la population générale. Ceci en raison évidemment des interactions sociales incontournables représentant pour les sociophobes un véritable cauchemar. Par exemple la présentation d’un exposé devant toute la classe ou le passage d’un concours à l’oral devant un professeur. Ou encore la séquence d’entretiens d’embauche ou l’évaluation orale annuelle de carrière.

Une souffrance personnelle très sévère

Les manifestations de la souffrance personnelle induite par la phobie sociale sont nombreuses. Et des complications et d’autres pathologies associées sont fréquentes.

De nombreux buveurs excessifs sont en fait des sociophobes, qui recherchent un effet anxiolytique dans l’alcool. L’alcool n’a pas assez l’effet anxiolytique recherché, ce qui ajoute encore un facteur de risque de dépendance alcoolique supplémentaire.

Les troubles anxieux de toute nature sont beaucoup plus répandus chez les phobiques sociaux.

De même les risques de dépression et de suicide sont plus fréquents dans la population des sociophobes.

Une évolution possible mais ardue

Malheureusement l’organisation relationnelle des phobiques sociaux a tendance à aggraver la situation. En effet plus ils évitent les situations sociales, plus celles-ci conservent un potentiel angoissant et déstabilisant. Car pour le sociophobe toute situation sociale est perçue comme un risque d’agression, de moquerie ou de dévalorisation contre lui.

Même les comportements neutres ou positifs de l’entourage peuvent être interprétés comme des charges hostiles, directement ou indirectement. C’est pourquoi le phobique social n’est pas toujours rassuré par les contacts répétés avec les personnes de son entourage. Et ça peut même l’inquiéter davantage.

Ainsi toutes ces difficultés, sources d’angoisse sociale, finissent souvent par éteindre le désir d’une vie relationnelle normale. Pourtant ce désir est présent chez tous les sociophobes.

La phobie sociale est encore mal connue

Même si le terme de phobie sociale remonte au début du XXème siècle, inventé par un psychiatre français, les pathologies de timidité maladive n’ont été prises en compte qu’à partir des années 1970. Souvent confondue avec la timidité, la phobie sociale est restée jusqu’à une date récente un trouble méconnu. Pourtant on a vu dans cet article qu’un phobique social souffrait bien davantage qu’un timide.

Selon le psychiatre et psychothérapeute Christophe André, encore en 2011 seulement 4% des sociophobes recevaient un diagnostic et un traitement adapté à leur pathologie.

Ceci étant, si vous souffrez de phobie sociale, vous avez intérêt à consulter un soignant professionnel. D’abord pour vous aider à mieux connaître votre mal. Ensuite pour atténuer votre peur des autres, voire vous en débarrasser.

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