9 personnes sur 10 n’en tiendront pas compte … Tant pis !

de | 20 août 2018

Fuite d'un homme par peur d'un danger C’est une réaction tout à fait légitime et efficace sur le moment. En effet elle permet d’éviter une situation effectivement désagréable dans l’instant.

Mais quand on anticipe que tel contexte semblable sera aussi pénible et qu’on met en place ce comportement, alors c’est autre chose. Surtout quand ça devient une habitude, un réflexe. Parce que c’est un problème chronique qui étouffe la vie de la personne qui l’applique. Et les personnes qui souffrent d’anxiété sociale adoptent cette attitude.

Vous verrez les conséquences néfastes de cette conduite par la suite mais pour l’instant définissons le sujet.

La conduite d’évitement social et sa raison

La conduite d’évitement définie par le dictionnaire Larousse :

une réaction par laquelle un individu évite de recevoir un stimulus nocif.

Appliquée à un contexte social, il s’agit d’éviter toute interaction relationnelle qui représente à l’avance une agression morale pour la personne. Cette menace anticipée peut être le jugement critique difficile à supporter d’une autre personne, voire une agression (verbale). Ou risquer de perdre ses moyens face à autrui et en avoir honte. On peut aussi craindre de ne pas se sentir à la hauteur et ne pas le supporter. Ou encore se sentir mal à l’aise en présence de quelqu’un.

Il y a une anticipation dans la conduite d’évitement sociale, une prévision par assimilation de contexte. C’est à dire qu’on a effectivement subi un moment désagréable en présence de quelqu’un dans un environnement donné. Et on va se retrouver dans un contexte relationnel semblable, avec les mêmes personnes ou dans le même lieu ou avec le même enjeu. Alors on prévoit que la douleur morale va se reproduire systématiquement. Donc on évite de se retrouver à nouveau dans cet environnement identique ou proche.
Et cette conduite d’évitement social va avoir tendance à se répéter à chaque fois que ce contexte douloureux se présentera à l’avenir. Ainsi la personnalité évitante va pousser ce comportement à l’extrême.

Alors vous vous dîtes sans doute :

ça ne me concerne pas, je ne fais jamais ça.

Probablement que si ! Mais vous ne vous en rendez pas compte parce que c’est inconscient. La conduite d’évitement social est mise en place automatiquement, elle nous échappe totalement.

C’est d’ailleurs la raison d’être du titre de cet article : il est bien difficile de résoudre un problème dont on ignore l’existence !

De plus c’est différent de la fuite. En effet la fuite répond à une menace réelle ou une peur instantanée. Et, en tous cas, elle n’a aucune raison a priori de se reproduire systématiquement dans l’avenir.

Ainsi l’image choisie pour cet article est trompeuse. En effet elle montre la fuite d’un homme effrayé et déstabilisé. Alors que la conduite d’évitement social est imperceptible et laisse la personne imperturbable.

Avant de voir les conséquences de la conduite d’évitement social, voici quelques contextes.

Quelques exemples d’évitement social

  • Il faut appeler au téléphone le principal du collège pour le prévenir que son fils va louper une journée pour partir en vacances plus tôt. Comme on risque de se faire mal recevoir, on reporte l’appel sans arrêt. Jusqu’à le faire quand la personne est partie et on laisse un message.
  • Éviter de sortir en boite ou ailleurs le samedi soir quand on est un garçon pour éviter de « se manger des râteaux » avec les filles. Trouver des prétextes pour ne pas y aller quand le sujet vient sur la table. Et « oublier » soi-même de sortir.
  • Refuser les invitations de sorties de la part des proches pour ne pas à avoir être jugé par les autres. En particulier une personne atteinte de phobie sociale va aussi adopter cette attitude.
  • Challenger une demande de réunion professionnelle quand il y a de la tension dans l’air ou qu’on pourrait y subir de  la pression devant témoins.

Après ces exemples, voyez les effets de la conduite d’évitement social.

L’évitement dans la durée, ça change tout !

Il est naturel d’éviter des situations sociales désagréables qui génèrent des pensées pénibles, des émotions ou des sensations inconfortables. Quant il est possible de ne pas souffrir, autant l’éviter ! D’ailleurs nous faisons tous appel à un moment ou un autre à une conduite d’évitement social.

Mais ça devient un problème quand elle est utilisée systématiquement, en imaginant qu’un contexte social proche va toujours produire le même effet désagréable sur soi. Et cela va souvent à l’encontre des intérêts de la personne.

En effet il se trouve que le contrôle que l’on peut exercer sur ses pensées et ses émotions négatives est très limité. Et à terme il a tendance à augmenter l’intensité et la fréquence des pensées et émotions négatives.

De plus la conduite d’évitement social semble être la seule apaisante à court terme. Mais plus vous évitez les situations sociales redoutées et plus vous doutez de vos capacités à les surmonter. Plus vous évitez les dangers imaginaires et plus vous risquez d’en imaginer d’autres.

Ainsi plus vous évitez les situations redoutées et plus vous augmentez l’intensité de vos craintes, c’est le piège du renforcement négatif. Négatif dans le sens où il enlève une sensation ou émotion désagréable. Et renforcement parce qu’il incite à le répéter quand la sensation désagréable revient ou risque de revenir.

Donc la conduite d’évitement social est efficace dans l’instant en cas de menace réelle, parmi d’autres solutions. Mais elle a un effet pernicieux quand elle est pratiquée dans des situations imaginées comme dangereuses.

Si vous êtes très concerné, vous allez voir maintenant que des solutions existent.

Quelques solutions parmi d’autres

Pour commencer on peut analyser la situation désagréable passée. Qu’est-ce qui a généré précisément le trouble ? Était-ce vraiment un problème si gênant ? Comment on aurait pu l’éviter ? Ou quelle meilleure réaction on aurait pu adopter pour en diminuer l’importance ?

Ensuite considérer qu’une situation proche générera systématiquement la même douleur est un point de vue très discutable. En effet il y un tas de raisons pour lesquelles ça peut se passer autrement, sans effet indésirable.

Même si une personne agressive est à l’origine du problème passé, il faut apprendre à répondre aux attaques personnelles, et ainsi diminuer son anxiété sociale.

A coté de ça il existe des situations très particulières qu’il est excessivement difficile de dénouer par ses propres moyens. Alors il est possible de se faire aider, par exemple par un psychothérapeute. Après analyse de la situation, il va établir d’un commun accord une séquence d’actions progressives destinées à dissoudre cette anxiété sociale à l’origine de cette conduite d’évitement social.

Et il y a sans doute encore d’autres possibilités efficaces contre la conduite d’évitement social, étouffant la vie de la personne qui en souffre.

Les références de cet article

Les sources qui m’ont inspiré pour rédiger cet article sont :

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